« Vous critiquez la Russie ? Et l’Irak ? » Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, répond ainsi à la BBC en avril 2022, alors que le monde réagit à l’invasion de l’Ukraine. Pas de défense, pas de justification. Juste un retour accusatoire qui suffit à brouiller le débat. Cette technique de diversion, héritée de la guerre froide, porte un nom : le whataboutisme. Et elle fonctionne remarquablement bien.
L’héritage soviétique d’une arme rhétorique
Le whataboutisme, ou rhétorique du « et vous ? », ne cherche pas à réfuter une critique. Il ne la nie même pas. Il la relativise, la noie dans un ailleurs en pointant une autre faute, réelle ou supposée, de l’accusateur. Ce mécanisme repose sur un déplacement stratégique simple mais redoutable : si tout le monde est coupable, personne ne peut juger.
L’expression trouve ses racines dans la propagande soviétique. Face aux accusations de violations des droits humains, l’URSS opposait systématiquement des griefs symétriques contre les États-Unis, souvent formulés ainsi : « Et vous, lynchez-vous encore les Noirs ? » Il ne s’agissait jamais de débattre, mais de neutraliser toute prétention morale adverse par un retour accusatoire systématique. L’Union soviétique a institutionnalisé ce réflexe discursif comme une stratégie de dissuasion argumentative.
Depuis, le whataboutisme s’est diffusé bien au-delà du monde soviétique. Réactivé par la Russie contemporaine de Poutine, il irrigue les discours de nombreuses puissances autoritaires, mais aussi les sphères complotistes, les réseaux sociaux et les plateaux de télévision. Son efficacité tient à sa simplicité : il ne démontre rien, mais il ébranle. Il ne contredit pas, mais il détourne. Et ce seul décentrement suffit souvent à brouiller les repères et désamorcer toute exigence de cohérence.
Le contrôle réflexif : la doctrine qui explique l’arme
Le whataboutisme ne relève pas de l’improvisation rhétorique. Si les Soviétiques l’utilisaient déjà instinctivement dans les années 1950, ce n’est que plus tard, dans les années 1960-1970, que des théoriciens militaires soviétiques ont formalisé les principes qui expliquent son efficacité : la doctrine du contrôle réflexif. Cette notion, largement méconnue en Occident, révèle rétrospectivement pourquoi le whataboutisme fonctionne avec une telle efficacité mécanique.
Le contrôle réflexif (рефлексивное управление en russe) a été théorisé notamment par le mathématicien Vladimir Lefebvre, puis systématisé par des stratèges comme Sergei Leonenko. Son principe est simple mais redoutable : manipuler le processus décisionnel de l’adversaire en lui transmettant des informations soigneusement sélectionnées qui l’amèneront à prendre des décisions servant les intérêts de celui qui manipule. Il ne s’agit pas de convaincre l’adversaire d’adopter votre point de vue, mais de l’amener à modifier sa propre réflexion de manière prédictible.
Contrairement à la propagande classique qui cherche à imposer un récit, le contrôle réflexif vise à contrôler le cadre même dans lequel l’adversaire pense. C’est une forme de manipulation cognitive qui ne dit pas « croyez ceci », mais qui structure le terrain mental de l’autre pour qu’il arrive naturellement aux conclusions souhaitées. Le contrôle réflexif ne cherche pas à gagner un débat : il cherche à empêcher l’adversaire de débattre efficacement.
Appliqué au whataboutisme, le mécanisme devient limpide. Lorsque Sergueï Lavrov répond « Et l’Irak ? » à une critique sur l’Ukraine, il ne défend pas la Russie. Il déplace le cadre de réflexion de son interlocuteur. En quelques mots, il transforme une question factuelle (« Pourquoi la Russie envahit-elle l’Ukraine ? ») en une question morale comparative (« Qui a le droit de juger qui ? »). Ce déplacement force l’adversaire à entrer dans un nouveau processus de réflexion, celui de la légitimité à critiquer, plutôt que celui de l’évaluation des faits. Le whataboutisme révèle ainsi sa véritable nature : une arme cognitive conçue pour contrôler le terrain dialectique. En provoquant systématiquement la justification, il transforme l’accusateur en accusé, le questionneur en justiciable. L’adversaire continue de réfléchir, mais dans un cadre qui a été redéfini à son insu.
Quand la science mesure l’impuissance démocratique
Longtemps considéré comme un simple procédé rhétorique malhonnête, le whataboutisme fait désormais l’objet d’études empiriques qui révèlent son redoutable impact sur l’opinion publique. Les travaux de Wilfred M. Chow et Dov H. Levin, publiés dans The Diplomacy of Whataboutism en 2024, ont mesuré empiriquement sa capacité à affaiblir les critiques occidentales dans les relations internationales.
Leurs expériences démontrent que l’utilisation d’un contre-discours whataboutiste, par exemple une réplique sur les violences policières aux États-Unis en réponse à une critique des atteintes aux droits humains en Chine, réduit l’adhésion à la critique initiale de 56% à 38% en moyenne. Plus inquiétant encore : les tentatives de réponse institutionnelle classiques (excuses diplomatiques, recentrage sur le sujet, condamnation morale) ne suffisent pas à inverser cet effet.
L’étude conclut que les ripostes actuelles, fondées sur des logiques diplomatiques traditionnelles ou une posture éthique unilatérale, sont largement inefficaces face à la structure asymétrique et émotionnelle du whataboutisme. Face au contrôle réflexif, répondre rationnellement sur le fond, c’est déjà avoir perdu. Car en répondant, on accepte le nouveau cadre imposé. On confirme que la question posée mérite une réponse, et donc qu’elle était légitime. Le piège se referme non pas par la force de l’argument adverse, mais par l’acceptation inconsciente du terrain de jeu qu’il a imposé.
Le piège de la justification : perdre avant d’avoir combattu
Le whataboutisme constitue une matrice de contrôle dialectique qui force l’adversaire à adopter une posture défensive. En déplaçant le débat par une contre-accusation, il provoque un réflexe quasi automatique : celui de se justifier. Or, cette justification induite est précisément le but recherché et le piège tendu.
Dès qu’un interlocuteur répond à un whataboutisme en expliquant les différences entre les situations, en nuançant ses propres défaillances ou en cherchant à démontrer sa cohérence morale, il a déjà perdu le contrôle de l’échange. Il n’est plus celui qui questionne, mais celui qui doit rendre des comptes. L’initiative bascule : de juge, il devient justiciable. Le whataboutisme opère ainsi un renversement de la charge argumentative sans jamais avoir eu à réfuter la critique initiale.
Cette dynamique trouve un écho direct dans la pensée politique de Machiavel, pour qui toute justification est un aveu de faiblesse. Dans Le Prince, Machiavel insiste sur l’importance de ne jamais se placer en position de devoir expliquer ou légitimer ses actes face à ceux qui les contestent. Machiavel distingue clairement l’apparence (nécessaire) de la justification (fatale). Un prince doit paraître vertueux, mais il ne doit jamais avoir à se défendre d’être accusé. Car dès lors qu’il se justifie, il reconnaît la pertinence de l’accusation et s’inscrit dans un procès dont il ne contrôle plus les termes. Mieux vaut ignorer, ou contre-attaquer frontalement, que de tenter d’expliquer sa cohérence morale à un adversaire qui n’en a que faire.
Celui qui répond à « Et vous ? » en expliquant pourquoi « lui, c’est différent » a déjà capitulé stratégiquement. Il a accepté de jouer sur le terrain de l’adversaire, de se soumettre à son interrogatoire, de rentrer dans une comptabilité morale où toute défense devient suspecte. Le whataboutisme ne cherche pas la vérité : il cherche à provoquer cette justification qui, en elle-même, discrédite celui qui s’y plie.
Anatomie d’une technique protéiforme : l’héritage de Schopenhauer
Tracy Bowell, dans son ouvrage The Good, the Bad and the Ugly publié en 2023, propose une cartographie étendue du whataboutisme, intégrant des formes diverses comme le tu quoque, le red herring, le false dilemma, la fausse équivalence ou encore le biais implicite. Son approche met en évidence la plasticité du procédé, capable de s’adapter à des contextes discursifs variés pour désamorcer toute critique.
Ces mécanismes rhétoriques ne sont pas nouveaux. Ils avaient déjà été brillamment catalogués par Arthur Schopenhauer dans « L’Art d’avoir toujours raison » (1830), son traité sur la dialectique éristique (l’art de gagner une controverse indépendamment de la vérité). Schopenhauer ne décrivait pas ces stratagèmes pour les glorifier, mais pour permettre aux esprits honnêtes de les identifier et de s’en défendre. Une démarche d’autodéfense intellectuelle qui résonne particulièrement à l’ère des guerres cognitives.
Le tu quoque, pivot rhétorique du whataboutisme, correspond précisément au Stratagème 16 de Schopenhauer, qu’il nomme argumentum ad hominem (ou ex concessis). Schopenhauer explique qu’il faut chercher si l’affirmation de l’adversaire « n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant ». L’objectif n’est pas de démontrer que l’adversaire a tort sur le fond, mais de montrer qu’il n’a pas la légitimité morale de juger. C’est le « toi aussi » qui annule toute autorité critique : retourner l’accusation contre l’accusateur pour le disqualifier moralement, sans jamais répondre sur le fond.
Mais le whataboutisme ne se limite pas au tu quoque. Il se décline en variations tout aussi efficaces, identifiées par les travaux de Scott Aikin et John Casey (2024) sur les pathologies de l’argumentation stratégique.
Le red herring (détournement thématique) opère différemment : il introduit un sujet parallèle ou déconnecté pour éluder la critique en cours. Lorsque Xavier Moreau déclare sur Sputnik Afrique en mai 2023 que « la lutte du Donbass ressemble à celle des Gilets Jaunes », il abandonne complètement le terrain de l’agression militaire russe pour convoquer un mouvement social français sans rapport direct. On ne compare plus, on change de sujet. Le débat bascule ailleurs, brouillé par l’irruption d’un élément étranger qui parasite la discussion initiale.
Le false dilemma (faux dilemme) enferme quant à lui le débat dans une alternative factice. Lorsque Xenia Fedorova lance sur CNews en mars 2025 : « Et l’Amérique, elle est parfaite peut-être ? », elle impose une logique binaire simpliste : soit on condamne tous les pays sans exception, soit on n’en condamne aucun. Cette alternative paralyse la pensée en interdisant toute nuance et toute hiérarchisation morale des faits. Le faux dilemme transforme la critique ciblée en absolutisme moral impossible à tenir, forçant ainsi l’interlocuteur soit à renoncer à sa critique, soit à se réfugier dans une position extrême facile à caricaturer.
Trois stratégies de riposte : Schopenhauer, Machiavel et la disjonction rhétorique
Face au whataboutisme, les démocraties européennes doivent développer une véritable souveraineté argumentative. Mais toutes les situations ne requièrent pas la même réponse. Trois approches complémentaires se dégagent, chacune adaptée à un contexte spécifique et à un objectif tactique distinct.
L’approche Schopenhauer : l’autodéfense intellectuelle
Schopenhauer proposait une méthode d’autodéfense basée sur l’identification et la neutralisation méthodique des procédés malhonnêtes. Pour lui, connaître les stratagèmes, c’est déjà commencer à les désamorcer en temps réel.
Face à une attaque whataboutiste, sa première recommandation est simple : ramener calmement au sujet initial. Répéter, sans s’énerver, « Cela n’a rien à voir avec l’objet du débat », puis continuer de démontrer son point sans prêter attention à la diversion. C’est le refus poli mais ferme du terrain imposé. Pas d’agressivité, pas de justification — juste une redirection méthodique vers la question de départ.
Mais Schopenhauer n’était pas naïf. Il savait que parfois, la courtoisie méthodique ne suffit pas. Dans ces cas-là, il autorise la riposte symétrique : utiliser les mêmes armes contre l’adversaire. Répondre à un argument superficiel par un contre-argument tout aussi superficiel. « Vous parlez de l’Irak ? Et la Tchétchénie ? Et la Géorgie ? Et la Syrie ? » Cette escalade peut paraître cynique, mais elle a l’avantage de révéler immédiatement l’absurdité du jeu.
Pourtant, Schopenhauer conclut de manière radicale : on ne peut pas gagner un débat honnête contre quelqu’un de malhonnête. Sa recommandation ultime est sévère et désabusée — sélectionner drastiquement ses interlocuteurs. Ne débattre qu’avec ceux qui font appel à la raison plutôt qu’à l’autorité, qui écoutent les arguments et s’y plient. Sur cent personnes, à peine une mérite qu’on débatte avec elle. Cette approche fonctionne donc surtout dans des débats académiques, dans des échanges avec des adversaires de bonne foi qui utilisent ponctuellement des procédés malhonnêtes, dans des situations où le recentrage méthodique reste possible. Mais dès qu’on entre dans l’arène publique, dans les plateaux télévisés ou sur les réseaux sociaux où l’adversaire n’a aucune intention de jouer franc jeu, cette méthode atteint rapidement ses limites.
L’approche Machiavel : le refus de la justification
Machiavel offre une lecture plus radicale, centrée sur le rapport de forces plutôt que sur la dialectique. Pour lui, le whataboutisme ne fonctionne que parce qu’il provoque exactement ce qu’il cherche : la justification. Et c’est là que réside toute sa perversion.
La riposte machiavélienne ne rentre jamais dans la justification. Face à « Vous critiquez la Russie ? Et l’Irak ? », elle répond : « L’Irak ne justifie pas l’Ukraine. Revenons à Kharkiv. » Puis elle continue sans jamais revenir sur l’Irak, comme si la contre-accusation n’avait jamais été prononcée. Ou plus brutalement encore : silence total. Refuser de jouer est parfois la seule victoire possible.
Cette approche suppose néanmoins une position de force, une autorité suffisante pour imposer son cadre. Dans un débat télévisé où le public juge, le silence peut être interprété comme une fuite. C’est pourquoi la méthode machiavélienne fonctionne surtout dans les positions d’autorité, les déclarations officielles, les situations où maintenir l’initiative est stratégiquement crucial, les contextes où le silence peut être imposé sans coût réputationnel. Mais dans l’arène publique, où chaque seconde compte et où l’absence de réponse devient elle-même un aveu, il faut une autre arme.
La disjonction rhétorique : viser le public, exposer l’absurdité
La disjonction rhétorique adopte une stratégie radicalement différente : elle ne cherche ni à réfuter le whataboutisme, ni à l’ignorer, mais à le faire imploser publiquement par sa propre absurdité. Son postulat de départ est simple : le whataboutisme n’est pas une objection, c’est une scène. Un théâtre dont il faut renverser le centre de gravité.
Plutôt que de répondre à celui qui parle, la disjonction rhétorique s’adresse à ceux qui regardent. Elle utilise l’exagération, le retournement, la sidération ou la fausse adhésion pour révéler la vacuité du procédé. Plutôt que de réfuter, elle expose. Plutôt que de convaincre, elle déstabilise.
Prenons un exemple concret. Lorsque Xavier Moreau déclare que « la lutte du Donbass ressemble à celle des Gilets Jaunes », la disjonction rhétorique ne va pas expliquer patiemment les différences entre une manifestation sociale française et une insurrection armée. Elle va poser une question simple, brutale, qui fait tout basculer :
« Vous pensez sincèrement que les Gilets jaunes pourraient abattre un avion de ligne comme le vol MH17 ? »
Cette question opère sur plusieurs niveaux simultanés. D’abord, elle rappelle un fait vérifiable : la responsabilité russe dans le crash du vol MH17, abattu par un missile Buk en juillet 2014. Ensuite, elle révèle l’inauthenticité de la prétendue « révolte » : en forçant la comparaison avec une révolte populaire authentique, elle expose un défaut d’échelle monumental dans les moyens militaires déployés. Enfin, elle prouve l’implication étatique russe : un missile sol-air Buk n’est pas l’arme de manifestants, mais d’une armée régulière. Ce différentiel de moyens ne s’explique que par l’intervention d’un État, démontrant ainsi que les « séparatistes du Donbass » ne sont pas une insurrection populaire mais une opération militaire russe déguisée.
En une seule question, la disjonction démonte toute la narration. Elle transforme la comparaison initiale en preuve de ce qu’elle cherchait à masquer. L’interlocuteur se retrouve face à un dilemme fatal : soit il reconnaît l’absurdité de sa comparaison et capitule immédiatement, soit il tente de se justifier. Mais en entrant dans cette justification — en cherchant à défendre l’origine des armements lourds dans le Donbass, à distinguer une « vraie » insurrection d’une opération militaire déguisée — il tombe précisément dans le piège machiavélien décrit plus haut. Celui qui se justifie a déjà perdu. Il accepte le cadre imposé, reconnaît implicitement la légitimité de l’accusation et devient justiciable là où il se voulait accusateur.
Cette concentration d’accusations factuelles en quelques mots opère un retournement stratégique complet. Celui qui utilisait le whataboutisme pour détourner une critique se retrouve soudainement en position d’accusé, non plus sur le terrain vague de la comparaison rhétorique, mais sur des faits précis et vérifiables. La disjonction rhétorique ne se contente pas de répondre : elle contre-attaque et reprend l’initiative.
Elle fonctionne ainsi par effet de choc multidimensionnel : elle brise la logique du whataboutisme en en révélant l’incohérence interne par un fait concret, tout en reformulant qui est réellement l’accusé. Elle combine les enseignements de Machiavel — forcer l’adversaire à se justifier, c’est le faire perdre — et crée un instant de clarté pour le public qui observe.
Mais cette efficacité a un prix. La disjonction rhétorique nécessite une maîtrise du ton et du contexte. Mal calibrée, elle peut basculer dans l’arrogance ou la facilité. Elle ne construit pas un contre-discours structuré — elle expose un leurre. C’est une méthode de choc, pas de fond. Elle rompt le débat plutôt que de le restaurer. Elle fonctionne donc surtout dans les débats informels, les plateaux télévisés, les réseaux sociaux, les situations où la rupture de ton et l’ironie sont acceptables, à la différence des échanges diplomatiques formels. Elle est particulièrement efficace quand un public observe et où l’effet de sidération peut servir la clarté plutôt que la confusion.
Articuler les trois approches
Ces trois stratégies ne s’excluent pas. Elles forment un arsenal adaptatif où chacune trouve sa place selon le contexte, le rapport de forces et l’objectif poursuivi. Schopenhauer pour les débats structurés où le recentrage méthodique est possible. Machiavel pour les positions d’autorité où refuser le jeu suffit à gagner. La disjonction rhétorique pour les arènes publiques où il faut parler au public avant de parler à l’adversaire.
Mais toutes partagent un refus commun : celui de se laisser piéger par le cadre imposé par le whataboutisme.
L’urgence démocratique
Le whataboutisme représente bien plus qu’un vice rhétorique. Il constitue une arme dans la guerre cognitive contemporaine, parfaitement maîtrisée par les régimes autoritaires et les mouvements antidémocratiques. Son efficacité mesurée scientifiquement révèle l’urgence pour les progressistes européens de développer des ripostes adaptées.
Car à l’ère de l’infodémie et des guerres narratives, celui qui contrôle le cadre du débat contrôle la légitimité même de la critique. Et face au whataboutisme, les démocraties perdent trop souvent cette bataille avant même de l’avoir engagée.
Il est temps de riposter intelligemment.
Références
— Arthur Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison (Dialectique éristique), 1830
— Wilfred M. Chow & Dov H. Levin, The Diplomacy of Whataboutism, 2024
— Tracy Bowell, The Good, the Bad and the Ugly, 2023
— Scott Aikin & John Casey, Strategic Argumentation and Its Pathologies, 2024
— Nicolas Machiavel, Le Prince, 1532
